[ Stream & Album Review ] Chilly Gonzales – Chambers

Publié le 23/03/2015 | Par Sébastien |

exiletropicoolD’habitude nous chroniquons les sorties électroniques, rock voire pop. Ce « Chambers » du talentueux Chilly Gonzales sort, un peu, de ces catégories par son instrumentalité.
Cet album fait suite à « Solo Piano II » et laisse, comme son nom l’indique, Jason Beck à ses œuvres sur cet instrument, cette fois-ci accompagné par un quatuor à cordes. Derrière cet opus, Gonzales souhaite ré-imaginer la musique de chambre de l’ère romantique et la transposer à la pop d’aujourd’hui. Objectif atteint.
La douzaine de pistes de « Chambers » nous montre un Gonzales reprendre les codes musicaux modernes au piano/cordes pour un résultat parfois surprenant et étonnamment facile à écouter. Le mélange des styles fonctionnent et on se surprendra même à bouger la tête.
Après sa parenthèse avec Boys Noize sur le projet « Octave Minds », Chilly Gonzales revient avec un « Solo Piano III » en ce « Chambers ». Un beau moment de musique, où il démontre tout son talenten donnant un angle moderne à la musique de chambre. Et cette p**** de dernière piste, où après une trentaine de minute instrumentales, nous entendons sa voix. Genius.

Ci-dessous, l’écoute intégrale de « Chambers » ainsi que chaque piste commentée par Chilly en personne avec des moments, il faut le dire, parfois croustillants.

CHAMBERS commenté par Chilly Gonzales.

PRELUDE TO A FEUD
Dédié à Bach et Daft Punk
A l’époque de Bach, un prélude introduisait une « fugue », mais ici c’est l’introduction à une querelle (« feud »), un match musical à couteaux tirés entre l’artiste et l’entertainer. Les cascades de piano sont une prise acoustique live sur des arpèges synthétiques, comme on pourrait en entendre chez mes amis robots. A l’exception que cet « arpeggiateur » n’est pas un bouton sur un clavier mais un être humain qui lutte. Sans aucun doute, la partie de l’album la plus difficile à livrer techniquement parlant.

ADVANTAGE POINTS
Dédié à John McEnroe
Les points sont marqués par un staccato saccadé, insistant. J’ai tenté ici un pointillisme musical avec en toile de fond le tournoi de Wimbledon dans les années 80. Essayez d’imaginer que la valse en seconde partie ait l’effet des endorphines à la fin d’un marathon — la technique physique (à la raquette ou au piano) transcendée par le bonheur pur. Ce morceau aurait aussi bien pu être dédié à Bobby Fischer, Glenn Gould ou au moonwalk de Michael Jackson. Tout dépend de votre point de vue.

SWEET BURDEN
Dédié à Gabriel Faure
Ma pièce solo piano (et mon label) Gentle Threat est un des nombreux morceaux de mon répertoire dont le titre est contradictoire. Sweet Burden est le premier morceau de l’album authentiquement mélo. Une longue mélodie ambiguë inspirée par le compositeur Gabriel Faure. L’alto solo est lentement rejoint par le violoncelle, pendant que les violons s’accordent sur une seule note. Nous avons tous un fardeau à porter, et peut être que seule la musique peut alléger ce poids.

THE DIFFERENCE
Dédié à tous les musiciens
Il y a beaucoup de musiciens partout dans le monde aujourd’hui. Certains d’entre eux fraudent, d’autres sont simplement médiocres, et à peine quelques-uns sont dignes d’être écoutés. Pouvez-VOUS faire la différence?

FREUDIAN SLIPPERS
Dédié à l’inconscient
La première partie de l’album se termine avec cette épopée en deux parties. Comment tente-on de communiquer avec les rouages inconnus du cerveau ? Avec des techniques surréalistes comme le double fantomatique du violon ? Avec des rythmes trébuchants, bredouillants ? Avec des interruptions, comme celles d’un choeur, pour essayer d’imposer un certain ordre ? Tout ceci est vain, l’espoir se dérobe. La seconde partie : rappez dessus, vous verrez, ça fonctionne.

SOLITAIRE
Dédié au piano
Le quatuor à cordes est parti faire une pause cigarette. Je ne parvenais pas à sortir cet air de ma tête — j’avais besoin d’un moment seul et donc il en va de même pour l’auditeur.

ODESSA
Dédié à Reinhold Glière
Reinhold Glière était le compositeur ukrainien avec le prénom allemand et le nom de famille français. Il est le chaînon manquant entre l’accessibilité de Tchaïkovski et le modernisme hérissé de Prokofiev. Cette pièce est publiée dans une version simplifiée en tant que Re-Introduction Etude. Cette version étoffée ajoute une dose de sentimentalité hollywoodienne contrôlée et un clin d’oeil au « portamento » analogique de Stevie Wonder (joué sur un violon en glissant d’une note à l’autre).

SAMPLE THIS
Dédié à Rick Ross
Un rythme omniprésent dans le « southern » hip-hop traduit ici en quatre violons. Vous devriez battre le rythme de cette chanson et imaginer un rappeur très gros scander des paroles dessus. L’utilisation de l’impératif dans le titre de la chanson est destinée à faire part de l’urgence. Le hip-hop est une culture, mais le rap est un style musical comme un autre, et mérite un traitement acoustique de temps en temps.

GREEN’S LEAVES
Dédié au roi Henry VIII
Une fête sur la place du village, tout le monde a trop bu et il n’y a plus d’hydromel. Heureusement, il reste quelques feuilles vertes pour que la fête puisse continuer. Ce quadrille enjoué partage un peu d’ADN musical avec une des plus grandes chansons de tous les temps, Greensleeves, peut-être écrite par le roi Henry VIII … mais probablement pas.

CELLO GONZALES
Dédié à Felix Mendelssohn
Une chanson pop sans paroles pour l’instrument qui ressemble le plus à la voix humaine. Le violoncelle s’étire, lutte et se brise comme celle de nos chanteurs préférés, parfaitement imparfait. C’était la première pièce que j’avais écrite pour cet album — j’étais encore en train d’apprendre comment aborder ces nouveaux instruments avec des cordes bizarres sur eux.

SWITCHCRAFT
Dédié à Juicy J
Extrait de la pièce de théâtre The Shadow, cette pièce est inspirée par les progressions des accords dans le répertoire du rappeur Juicy J. Il y a quelque chose d’asymétrique et « à la Escher » sur les accords, comme lorsqu’on regarde des couleurs à partir d’angles différents. Cela semble prétentieux, mais essayez de l’imaginer! Un cor et une flûte s’ajoutent au quatuor dans cette pièce paroxystique, ainsi vous SAVEZ que nous approchons de la fin.

MYTH ME
Dédié à Jason Beck
« La vanité est en train de disparaître ». Mais, vraiment ? Finalement, quelques mots, la communication musicale traditionnelle à travers la voix. Je suis un compositeur qui chante, et ceci est mon hymne pré-(re)traite.

à propos de l'auteur de cet article

Totalement geek de musique (ou juste geek tout court en fait), l'univers musical de Seb oscille entre indie, electronica et pop. Tout un programme. #MusicGeek #WebAware #PastPresentFuture

Pas de commentaires, merci.